Championnes du Monde Des Rencontres Saint Hubert - Pologne 2025

Championne du Monde des Rencontres Saint-Hubert
2005, Ma toute première participation aux RSH. J’y allais sans trop savoir à quoi m’attendre, mais très vite, la passion m’a happée. Et, comme toute compétitrice, un rêve s’est installé au fond de moi : devenir un jour championne du monde.
Vingt ans plus tard, ce rêve s’est enfin réalisé.
En deux décennies, j’ai eu la chance de participer à cinq mondiales : deux fois avec Gini du Domaine Sainte Anne et trois fois avec Ohio dite Only du Bois Courcol.
Cette année avait un goût tout particulier : mon mari était lui aussi qualifié avec Squale de la Plume du Puits, fils du légendaire Jaseur du Bois des Écrivains… et de ma chère Only.
Une aventure familiale et passionnée, jusque dans les gènes !
Nous étions également qualifiés pour le championnat du monde des continentaux de chasse pratique : Squale de la Plume du Puits conduit par Jérôme Lanoë, Snipe du Bois des Écrivains sous ma conduite, Ohio dite Only en by, et deux amateurs d’épagneul français.
Un beau collectif français, uni et motivé.
La Mondiale, Pi czów, Pologne – 18 octobre
Le grand jour.
Pi czów, au sud de la Pologne.
Trois batteries de neuf concurrentes dans la catégorie chasseresse.
Le tirage au sort tombe… je suis encore dernière. Comme toujours. Un coup dur. Les larmes montent, la frustration aussi : passer sur un terrain déjà exploité réduit considérablement mes chances.
Heureusement, Alain Cammarata et Xavier Gentil sont là. Ils m’emmènent sur mon terrain et tentent de me remonter le moral.
Leur soutien m’aide à respirer, à reprendre confiance.
Le décor est somptueux : mosaïque de micro-cultures, jachères, friches et bosquets où la végétation est dense. Des terrains exigeants, mais magnifiques.
Le passage des concurrentes
Les premières concurrentes s’enchaînent.
L’Italienne ouvre la marche : arrêt parfait, oiseau prélevé, l’Italie exulte.
La Polonaise enchaîne : deux oiseaux arrêtés, deux manqués.
La Tchèque, déstabilisée par un vent de trois-quarts, dérive sur le terrain déjà exploité par la Polonaise et ne trouve rien.
Même scénario pour la Slovaque, l’Autrichienne et l’Allemande : le vent les trompe, les oiseaux s’envolent trop loin.
L’Espagnole, elle, commet une faute de sécurité — disqualifiée.
La Danoise termine sans oiseau.
Et voilà… c’est mon tour.
L’épreuve
Only est en forme. Avant même le départ, elle « chante ».
Je sens l’énergie, la complicité. On a une carte à jouer.
Je la lance. Elle file, le nez au vent, ses lacets sont larges et francs.
Premier arrêt. Je monte. Le faisan est là. Je fais couler, il décolle. Deux tirs trop rapides. Raté.
Only, imperturbable, reste sage. Je la rattache, respire, et relance.
Elle repart, concentrée. Trois beaux lacets, puis un nouvel arrêt.
Je ferme mon fusil, monte, fais couler. Le faisan s’envole, cette fois je le touche à la première cartouche ! L’oiseau tombe. Only rapporte, s’assoit, et me le donne en main. Moment parfait. Je le recoiffe, le présente aux juges. Sourires. Encouragements.
Je relance. Le temps n’est pas fini.
Le terrain suivant est dense, piquant, épuisant. Only se bat, moi aussi.
Je crois ne plus avoir le droit de tirer, selon le règlement français, mais ici — on peut prélever deux oiseaux avec quatre cartouches.
Alors je poursuis. Fusil cassé sur le bras, j’envoie Only dans un bosquet. Elle disparaît, puis je la vois figée.
J’annonce l’arrêt. Je ferme le fusil. Trop épineux pour m’approcher.
Je lui ordonne de couler : une poule s’envole.
Only continue, s’immobilise encore. Cette fois, un magnifique coq décolle ! Je n’ai plus qu’à admirer.
Fin de parcours. Je remonte vers les juges, cartouches en main, souffle court. C’est fini.
La victoire
Les juges délibèrent.
Le verdict tombe : 87 points, je gagne ma batterie !
Les larmes reviennent — mais cette fois, ce sont des larmes de bonheur.
Un barrage m’attend. Je sais déjà que je suis assurée d’une médaille.
Et là, la nouvelle tombe : sur une des batteries, aucune concurrente n’a prélevé.
Je suis au minimum vice-championne du monde.
Et, cerise sur le gâteau : dans l’autre batterie, la gagnante est Aurore Bedèche, ma coéquipière française.
Un barrage 100 % tricolore. La France est déjà championne du monde par équipe !
Le barrage final
Tirage au sort : je passe en première. Dix minutes pour tout décider. Le poids de l’équipe et du titre individuel se fait sentir — mais je me concentre, respiration contrôlée, seule avec Only.
Je lance la chienne. Elle part en trombe, déployant de larges lacets à droite et à gauche, précise et déterminée. Rapidement, je remarque qu’elle a contourné une zone d’herbe haute — je la renvoie. Elle explore la zone, rien. Le chrono tourne.
Je l’envoie ensuite sur une jachère à gauche. Là, elle se plante net. Sa façon de pivoter la tête pour me regarder est un signe que je connais par cœur : l’oiseau est sur patte. J’ai le souffle coupé, j’approche, je monte à la chienne et je fais “couler, couler” pour le faire débusquer en douceur. Nous arrivons face à une double haie. J’ordonne encore le coulé, Only s’exécute et le faisan décolle brutalement. Je tire deux fois, mais je rate. La frustration me traverse — je sens le temps m’échapper, chaque seconde est cruciale.
Je rappelle Only, elle revient au pied, calme. J’examine mentalement mon terrain : la seule cache possible est encore cette jachère à droite. Je la renvoie. Elle s’éloigne, puis, dans sa remontée, je la vois toucher l’oiseau : sa posture se fige, immobile. J’annonce l’arrêt aux juges sans hésitez — ils voient l’action. Je monte à la chienne, elle ne me regarde pas cette fois — elle a l’oiseau devant elle. Je commande au coulé ; le faisan décolle. Je prends mon temps, j’ajuste, et une cartouche suffit : l’oiseau tombe.
J’envoie Only au rapport, prend l’oiseau en gueule, je décharge et remonte aux juges, sourire aux lèvres. La chienne s’assoit à mes pieds et me dépose l’oiseau en main. Je prends soin de le recoiffer et le présente aux juges qui notent et me remercient — le temps est écoulé.
Dans la tension qui suit, mon amie et collègue lance sa chienne : la malchance s’en mêle — un faisan est tapé à contre-vent, Aurore dans sa précipitation marche sur le second.
Quand l’annonce est faite, l’émotion explose. Only et moi sommes sacrées championnes du monde en individuel. Aurore, amère et digne, est vice-championne. Mais au-delà des médailles individuelles, nous sommes toutes deux championnes du monde par équipes — un triomphe collectif qui me remplit de fierté.
Une première pour la France, créatrice de ce concours mythique.
Fierté immense, émotion inoubliable.
Merci à toutes celles et ceux qui nous ont soutenus, encouragés, et crus en nous.
Ce titre, c’est aussi le vôtre.
Karine Lanoë